Aujourd’hui, j’ai réfléchi. J’ignore si vous connaissez ce petit feeling qui m’habite en ce moment : vous venez de lire ce bouquin de philo qui vous était imposé mais que dans le fond, vous aimez bien et PAF! Vous sortez dehors et vous respirez un bon coup avec quelques flocons de neige en bonus et vous vous dites : « La vie, c’est beau! » (Et pour ceux qui chiâlent contre la neige, on est en mars, on est au Québec…c’est une des fatalités de la vie! Le printemps, c’est au mois de juin. Au pire, polluez plus pour que le réchauffement se fasse plus vite!) Je vous cite d’abord une partie du prologue de l’Alchimiste de Coelho, pour les infâmes qui ne l’ont jamais lu, puis je continuerai…
« L’Alchimiste connaissait la légende de Narcisse, ce beau jeune homme qui allait tous les jours contempler sa propre beauté dans l’eau d’un lac. Il était si fasciné par son image qu’un jour il tomba dans le lac et se noya. À l’endroit où il était tombé, naquit une fleur qui fut appelée narcisse. Mais ce n’était pas de cette manière qu’Oscar Wilde terminait l’histoire. Il disait qu’à la mort de Narcisse, les Oréades, divinités des bois, étaient venues au bord de ce lac d’eau douce et l’avaient trouvé transformé en urne de larmes amères.
«Pourquoi pleures-tu? demandèrent les Oréades.
-Je pleure pour Narcisse, répondit le lac.
-Voilà qui ne nous étonne guère, dirent-elles alors. Nous avions beau être toutes constamment à sa poursuite dans les bois, tu étais le seul à pouvoir contempler de près sa beauté.
-Narcisse était donc beau? demanda le lac.
-Qui, mieux que toi, pouvait le savoir? répliquèrent les Oréades, surprises. C’était bien sur tes rives, tout de même, qu’il se penchait chaque jour! »
Le lac resta un moment sans rien dire. Puis :
« Je pleure pour Narcisse, mais je ne m’étais jamais aperçu que Narcisse était beau. Je pleure pour Narcisse parce que, chaque fois qu’il se penchait sur mes rives, je pouvais voir, au fond de ses yeux, le reflet de ma propre beauté. » »
Ça peut peut-être ramollir certains d’entre vous, car ça ne colle pas nécessairement avec votre vision fusionnelle et romantique de l’amour, mais je suis d’accord avec mon pote Oscar : nous aimons quelqu’un parce que l’on aime l’image qu’il projette de nous-même, parce que cette image nous valorise… Ça pourrait être perçu comme égocentrique, mais tout dépend de la vision que vous vous faites de la réalité… On choisit nos amis et nos amours, ce n’est pas Aphrodite qui nous les a mis sur notre chemin. C’est en leur qualité humaine et leur joie de nous faire sentir aussi humains et aussi aimés qu’eux qu’on les choisit, au fond. J’ai un jour constaté que j’étais différente en face de chacune des personnes que je rencontrais dans une journée. Je n’étais pas profondément différente, seulement, une partie de ma personnalité se trouvait plus accentuée avec une telle personne, et une autre était davantage mise de l’avant devant quelqu’un d’autre… J’ignore si tout le monde est comme ça, mais plusieurs m’ont affirmé qu’ils faisaient comme moi, inconsciemment, mais qu’ils l’avaient constaté aussi… C’est ainsi qu’on apprécie les gens, par leur manière de nous apprécier, par leur manière de faire ressortir ce petit clin d’œil de nous que l’on aime bien nous-même… Et comme dirait Erich Fromm (je tire ça d’Éthique à l’usage de mon fils, de Fernando Savater), « chacun de nous doit d’abord s’aimer soi-même avant d’aimer autrui ».
!Lau!

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