L’arrivée d’une petite tempête de neige cette nuit nous rappela, à mon père et à moi, quelques péripéties d’une journée de fin de session en décembre dernier…Ce fut le 17 décembre 2007 qu’un désabusement pour le service de déneigement de la ville nous assailla tous les deux. Après avoir découvert à 6h45 que le Cégep était fermé, je me levai un peu déprimée d’avoir à repousser mon dernier examen, mais atteinte d’une fébrilité qui est propre aux enfants une journée de tempête! C’est ainsi que vers les 10 heures, je m’habillai tel un inuit pour rejoindre mon père qui commençait à évaluer la gravité du désastre : beaucoup de neige. Beaucoup. Le pelletage, c’est cardio. Depuis quelques années, je ne peux plus compter sur mes frères pour me complaire dans les joies de ma féminité, qui dans de légers spasmes traditionnalistes, pouvait jouïr d’un certain confort face aux travaux physiques. J’ai tout de même toujours aimé jouer dans la neige, alors les heures de pelletage qui m’attendaient n’arrivaient pas à détruire ma motivation!! Après deux heures, mon père et moi avions réussi à passer au travers des trois quarts du travail. C’est alors que dans un rugissement d’acier apparut la “gratte” aux vitres gorgées des flammes de l’enfer engagée par la ville pour déneiger les routes. Elle passa lentement sous nos yeux implorants, nonchalante, pour amplir notre stationnement et nos pieds d’une neige compacte et lourde, doublant le travail que nous avions à faire au départ! C’est alors qu’une vague de Dalaïlamaisme nous submergea tous les deux, filtrant tous les sacres dignes d’un bûcheron de la Vallée qui auraient pu nous venir à la bouche pour les transformer en un simple petit rire jaune inoffensif. M’étonnant moi-même de tant de zenitude, je lançai ironiquement mais de bon coeur à mon père que c’était une des plus belles activités père-fille que j’avais jamais faites. Malgré le fait que les déneigeurs font ce qu’ils peuvent, je me plaisais à imaginer le conducteur de “gratte” démoniaque qui criait des MOUAHAHAHAHAH! après avoir détruit tout espoir de vie chez de pauvres petits habitants… Nous nous remîmes au travail avec l’énergie du désespoir. Mais nos péripéties d’hiverses et avariées ne s’arrêtèrent pas là : un tracteur apparut entre deux bourrasques de poudrerie, pour accomplir sa noble tâche dans la cour du voisin d’en face. Alors qu’il se reculait pour quitter vers un monde meilleur, il avança vers notre fameux banc de neige pour réduire à néant ce qui représentait pour nous encore une heure de travail. Nous l’accueillîmes avec un grand sourire qui criait «HALLELUJAH!». J’observai repartir notre bon samaritain sur tires extra larges qui m’avait convertie en quelques secondes en sa religion, peu importe laquelle. Ça ne lui a rien coûté de passer un ptit coup sur notre entrée, mais il aurait tout aussi bien pu se foutre de nous et partir sans un regard en arrière. Imaginez si toutes les personnes de la terre faisaient comme lui. On passe trop souvent notre chemin sans avoir sauté sur LA petite occasion qui nous aurait rien coûté, mais qui aurait fait la journée de quelqu’un. Pour d’autres qui ont plus de pouvoir ou de notoriété, ç’aurait peut-être fait la vie de quelqu’un. ‘Voyez ce que je veux dire? C’est alors que Jacques le fataliste apparaît et s’écrie : «Anyway, on y peut rien, on est dans une foutue société individualiste»! Et moi, dans une lutte au conformisme et au déterminisme qui mine tout progrès, je continuerai toujours de faire de jolis sourires et de petites plaisanteries à la caissière qui passe de longues journées sous les lumières blafardes d’un Super C. Amen.
!Lau!

3 comments
Comments feed for this article
février 11, 2008 à 10:40
VG
C’est ça, très bien décrit. Et comme l’aurait dit Gilles Vigneault (et il l’a d’ailleurs déjà dit): «Ils entendirent l’appel, et ils la prirent…»
Un beau morceau d’anthologie, ma grande…
VG, pelletineur associé.
février 12, 2008 à 10:08
LOLZORZPWN
Mon commentaire!!! :(
J’y tenais! :’(
février 12, 2008 à 10:18
thepige
Retourne dont jouer à WoW si t’es pas content.